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Lutte des classes aijourd'hui ? - par webMaster le 22/03/2015 @ 16:28

commission justice et paix : COJUPA

Lutte des classes : stop ou encore ?

 

Nombreux sont ceux qui ont relégué aux oubliettes cette expression marxiste. Et pourtant qu’on le veuille ou non, même si elle a pris une autre tournure, ce que nous appelons aujourd’hui crise économique n’est qu’une mutation de cette lutte qui a pris une dimension planétaire.

 

L’histoire

Le centenaire de la guerre 14/18 a d’ailleurs été l’occasion de rappeler certaines analyses absentes des médias. En effet, si l’assassinat de Sarajevo a été l’élément déclencheur de cette tragédie, l’industrialisation des pays concernés en aura été l’arrière-plan caché. Les multiples révoltes ouvrières dans ces pays mettaient en danger une élite aristocrate et financière aussi bien en Allemagne que dans les autres pays (30.000 militaires mobilisés en Wallonie pour protéger les patrons des mines et des usines).

A cette époque, c’est Jean Jaurès qui, sentant le vent venir, avait mobilisé en France des dizaines de milliers de travailleurs pour refuser cette guerre désirée à mi-mots par les classes dominantes et les industries ; ses voyages en Allemagne et en Angleterre avaient convaincu des centaines de milliers de travailleurs de refuser la mobilisation, avec comme slogan  Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage

Les effroyables massacres qui commencèrent quelques mois après son assassinat lui donnèrent en partie raison. La majorité des officiers supérieurs étaient issus de l’aristocratie et de la bourgeoisie. Et même si beaucoup parmi eux ont perdu la vie, ils n’ont pas hésité à envoyer à l’abattoir des millions de travailleurs et d’agriculteurs lors d’assauts aux motivations souvent bien douteuses. Consciemment ou pas, ils ralentissaient ainsi la progression des mouvements ouvriers. Ce n’est qu’en Russie que cela se retourna contre eux. En Belgique, le Roi Albert mit toute son énergie pour épargner la vie de ses hommes.

 

Et aujourd’hui

Il ne faut pas être expert en la matière pour constater qu’au fur et à mesure des années, en Belgique et en Europe, le système de protection système social mis en place après la deuxième guerre mondiale se détériore de plus en plus. Le nombre de Belges vivants à la limite du seuil de pauvreté augmente d’année en années, alors que celui des millionnaires en € augmente presque dans la même proportion. Est-ce le hasard d’une crise économique venue d’ailleurs, ou est-ce l’effet d’une certaine classe sociale qui a pris le pouvoir sur le monde politique et judiciaire ?

Le rapport publié en 2014 par OXFAM a établi que  les 85 personnes les plus riches du monde possèdent autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale. En Belgique, le nombre de milliardaires augmente, ainsi que leurs avoirs. Le lobbying de la F.E.B. et de la V.O.K.A. au niveau belge et de la Commission Européenne n’y est pas étranger. Les conséquences sont inévitables : l’écart entre ces ultras riches et le reste de la population ne fait qu’augmenter. Le pape François n’a-t-il pas déclaré que cette économie tue, et dans une pièce de théâtre ayant pour thème la pauvreté, un acteur s’exclamait nous sommes les épluchures du fruit de la croissance économique.

 

Crise économique, financière ou crise judicaire ?

Le monde politique et les médias ne parlent que de crise économique. Pourtant la vérité est à la portée de tous. Les révélations de ces dernières années ont mis en évidence le rôle essentiel des banques dans cet accaparement des richesses mondiales au détriment du monde du travail : Luxleaks, SwissLeaks,HSBC, Clearstream, les frégates de Taïwan en France, sans oublier le célèbre non-lieu prononcé en Belgique lors du scandale de la KBC.

Des hommes courageux dans le monde entier, anciens employés de banques renommées ont perdu leur place, certains ont été emprisonnés, d‘autres ont dû fuir leur pays. Ecœurés, scandalisés par les manœuvres financières de leurs banques, ils avaient rendu public des millions de données personnelles qui accusaient nommément  des super milliardaires de pratiques frauduleuses.

Mais la réaction de la classe dominante a été rapide : en faisant appel à la justice, ce sont finalement ces dénonciateurs (whistleblower,  klokkenluider) qui sont poursuivis par la justice pour avoir volé des informations qui devaient rester secrètes (propriété privée oblige). C’est le monde à l’envers : les fraudeurs continuent allègrement de spolier les Etats, d’appauvrir le monde du travail, de démanteler nos systèmes de sécurité sociale, de réduire à l’esclavage des millions de travailleurs dans le monde. Pendant ce temps des héros peu connus des médias risquent leur peau par leurs dénonciations et sont condamnés à l’exil ou emprisonnés : Rudolf Elmer, Heinrich Kleber, Hervé Falciani, Stéphane Guibaud, Antoine Deltour….

 

Une justice de classe

De timides efforts ont été réalisés pour lutter contre cette appropriation des richesses ; malgré tout, ce nouvel esclavagisme prend de l’ampleur. En justice, n’oublions pas que c’est le droit à la propriété privée qui prime sur tous les autres droits : droit à une vie digne, droit au logement, droit au travail etc…. C’est au nom de la propriété privée qu’un patron peut licencier ses travailleurs (alors que sans eux, il n’aurait rien gagné), qu’il peut délocaliser, et que les banques gardent le secret sur leurs actions.

Pour revenir à notre petite Belgique, elle est classée 10° pour le total des dépôts évadés à HSBC (Hong Kong/Shanghai Banking Cooperation) ; de plus, par rapport au nombre d’habitants, nous sommes en tête de classement ! Ce n’est pas pour rien que le gouvernement actuel et le précédent ont réduit les budgets de la justice, diminué le nombre de fonctionnaires à l’inspection spéciale des impôts, mis en danger les maisons de justice (un outil pourtant très utile pour les personnes à bas revenus), imposé une TVA sur les salaires des avocats, réorganisé le paysage judicaire (qui oblige les plaignants à faire des km pour obtenir justice, et permet de déplacer plus facilement un juge qui s’intéresserait de trop près à des arnaques financières ou autres) et que les avocats pro déo et les experts de toutes sortes ne sont pas payés.

Que dire aussi du vocabulaire employé par les juges, par les avocats, par les huissiers et les bâtonniers ! C’est un langage d’initié, une langue incompréhensible du public, une langue de classe, comme le français l’était en Belgique à ses débuts.

On pourrait ajouter de nombreux exemples qui montrent la collusion Justice/finances/politique qui protège une certaine élite sociale et financière au détriment du bien-être de tous et surtout des plus faibles, incapables de se défendre. On comprend alors pourquoi les syndicats et les partis de gauche mettent tant d’énergie pour essayer d’empêcher que, sous prétexte de crise économique, les populations continuent à enrichir la clase dominante.

 

La Résistance s’organise

Depuis plus de 20 ans, des groupes comme CADTM (Comité pour l’annulation de la dette), ATTAk (pour la taxe Tobin), Kaïros, Marches Européennes et bien d’autres luttent pour dénoncer ce nouvel esclavagisme mondial, mais n’ont pas une base populaire suffisante.

Pourtant, aujourd’hui, suite aux différentes dénonciations dues aux klokkenluiders, plusieurs mouvements populaires se sont levés en Flandres et en Wallonie : Hart boven Hard (Le Cœur, pas la Rigueur), TAC (Tout Autre Chose : le pendant francophone, ainsi que plusieurs autres mouvements avec des publics plus ciblés, comme les différents mouvements de chômeurs ou de défenses des allocataires sociaux.

Jean Peeters, inspiré par Kairos/Europe n° 39