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Nouvelles de Chine - par webMaster le 08/02/2016 @ 12:39

                                                               

                                      VF       

           Verbiest Update

                  Information sur les activités de

                   l’Institut Verbiest KULeuven, l’Institut Verbiest Taipei

                  et le Collège Chinois à Leuven

                     envoyée par e-mail par la Foundation Verbiest à ses amis

 

               Nr. 29 – Février – 2016

  

L’interview du pape François sur la Chine

La voix du pape fait partie du dialogue Sino-Vatican en cours

 

À l'occasion du nouvel an chinois, le pape François a accordé une longue interview au site d’Asia Times online quotidien, Hong Kong. Il a présenté ses vœux au peuple chinois et exprimé sa grande estime pour sa culture. Le texte original se trouve sur le site atimes.com de l’Asia Times.

 

L’interview du pape François sur la Chine doit être vue comme une partie intégrante du dialogue Sino-Vatican en cours. Le pape avait repris ce dialogue – interrompu en 2010 – dès le moment de son élection, même si plusieurs de ses conseillers n’étaient pas d’accord. Dès le début de son pontificat le pape François révéla un de ses traits particuliers qu’on découvre aussi dans cette interview, notamment sa grande confiance en un dialogue franc et chaleureux. Son dialogue avec la Chine a porté ses premiers fruits en 2015 quand les autorités chinoises acceptèrent des évêques pour les diocèses de Zhouzhi et d’Anyang. Des négociations entre les délégations de Beijing et de Rome ont déjà eu lieu à trois reprises: à Rome [2014], à Beijing [octobre 2015] et de nouveau à Rome [25-26 janvier 2016]. Aucune annonce officielle n’a été faite, mais les deux dernières séries de négociations ont créé une atmosphère conviviale entre Beijing et Rome; on n’en avait plus connu de telles depuis des décennies. Les médias rapportent qu’une importante étape a été franchie à Rome en janvier concernant la nomination des évêques. C’est grâce à ce contexte convivial que l’interview historique du pape sur la Chine a été possible.

 

J’ai l’impression que cette interview du pape est une déclaration claire et chaleureuse faite dans le contexte du dialogue discret qui est actuellement en cours entre Rome et Beijing. Comme s’il prenait part aux pourparlers, le pape François s’adresse à tous les Chinois, ainsi qu’aux fidèles de l’Église catholique universelle et aux peuples du monde entier. Ses paroles sont marquées par l’amitié, l’admiration et l’empathie humaine pour le peuple chinois. Il dit franchement ce qu’il pense de la Chine: “J’ai beaucoup de respect” pour ... “votre grande culture et sa sagesse inépuisable”. ... Il tranquillise le peuple chinois en déclarant que l’Église catholique doit “respecter toutes les civilisations” ... et que “l’Église a un grand potentiel pour recevoir les cultures”. Le Pape est conscient des “plaies” propres à la Chine et des moments difficiles de son passé. À ce sujet, il dit: “Chaque personne doit se réconcilier avec son histoire comme son propre parcours, avec ses réussites et ses erreurs ... cette réconciliation peut susciter une plus grande maturité et plus de croissance”. L’interview montre clairement que le pape est en faveur de relations plus étroites – des rencontres – avec la Chine: “la rencontre est le résultat du dialogue”, “nous devons trouver le moyen, toujours grâce au dialogue, il n’y a pas d’autre moyen”. Indirectement, il s’adresse même à tous les peuples qui pourraient avoir peur de l’influence croissante de la Chine sur la scène mondiale et il affirme que “la peur n’est pas bonne conseillère ... Je n’aurais pas peur”, “allons de l’avant ensemble”. Et aux fidèles qui pourraient avoir peur du dialogue avec la Chine, il dit: “Le dialogue ne veut pas dire que nous finirons par un compromis”. Des amis en Chine – catholiques et non-catholiques – se sentent confortés et encouragés par cette attitude favorable du pape à l’égard de leur pays, de leur culture et de leur population. Les  commentaires qui nous parviennent en témoignent. Aucun pape ne s’est jamais exprimé de façon si exhaustive et si positive sur la Chine que le pape François l’a fait dans cette interview.

 

 

Le pape François, “pionnier du dialogue avec la Chine”

Par cette interview et par son dialogue couronné de succès, le pape François occupe une place parmi ses prédécesseurs qui étaient tous des pionniers du dialogue avec la Chine. En 1970, quand la Chine n’était pas encore membre de l’ONU – et pendant la Révolution culturelle ! – le pape Paul VI s’est rendu à la FAO (Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture) et plaida en faveur de la présence de la Chine à l’ONU. Le pape Jean-Paul II a fait preuve d’une grande modération et a gardé toutes les portes ouvertes au dialogue, même dans les situations les plus dramatiques, telles que l’évènement de Tian An Men [4 juin 1989] et l’ordination illégale de cinq évêques [Épiphanie 2000]. Le pape Benoît XVI a écrit une lettre pastorale à l’Église en Chine, un modèle pour le dialogue avec la Chine. Par cette interview sur la Chine et le dialogue en cours, le pape François prend une place dans la galerie des “papes pionniers du dialogue avec la Chine”.

 

Que pouvons-nous attendre dans un proche avenir?

Quelques suppositions devront suffire étant donné que jusqu’à présent il n’y a pas eu de déclaration officielle ni du Vatican ni de Beijing. Toutefois, après les négociations à Beijing en octobre dernier, nous avons pu noter des signes qui indiquent clairement qu’une atmosphère conviviale se développait: la délégation du Vatican s’est rendue près des tombes de Matteo Ricci, de Schall et de Verbiest. Elle a rencontré l’évêque de Beijing et a été reçue par le recteur du séminaire national (lui-même évêque illégal). Après la récente série de négociations à Rome (25 et 26 janvier), certains médias ont même affirmé que des progrès ont été enregistrés concernant la nomination des évêques. Cela confirme que des questions plus épineuses sont tenues à l’écart pour le moment, et que des progrès ont été réalisés pour des questions qui sont essentielles pour pouvoir répondre aux besoins pastoraux actuels de l’Église de Chine. Il paraît que le pape nommerait bientôt trois évêques. Dans ce cas on pourrait vraiment parler de progrès.

 

Mais nous savons tous que beaucoup plus doit encore se réaliser: qu’adviendra-t-il des huit évêques clandestins parmi lesquels trois sont excommuniés? Qu’en est-il des évêques en prison: Su Zhiming, Shi Enxiang? Comment régulariser la situation de Mgr Ma Daqing de Shanghai? Peut-on espérer d’autres bonnes nouvelles dans le courant des prochains mois? Il y a même des gens qui pensent que le pape François fera un “geste de miséricorde” en 2016 en légitimant certains évêques clandestins en Chine. De nouveau, rien n’a été déclaré officiellement à ce sujet, mais dans la logique de cette Année Sainte de la miséricorde cela semble tout à fait possible. Beaucoup de gens en Chine comptent sur une telle percée.

 

Pour tous les catholiques le moment est venu d’être solidaires et de se rallier aux décisions du Pape

Pour les catholiques – en Chine et en dehors de la Chine – l’ancien défi d’être solidaires pour soutenir le Pape dans la voie qu’il suit est plus que jamais actuel, crucial et historique. Certains catholiques chinois qui ont souffert dans le passé se considèrent comme des “purs et durs” (hardliners) et s’opposent à tout dialogue avec les autorités chinoises. Ceci n’est pas surprenant et tout à fait compréhensible. Quand on sait ce qui s’est passé pendant les années 1950-1960 on comprend. À juste titre, ils ont reçu beaucoup de soutien en Chine et en dehors de la Chine. Ils ont même le grand mérite d’avoir dit clairement et publiquement ce qu’ils pensent pendant le dialogue en vue de la normalisation de la situation de l’Église en Chine. Le dialogue aurait été tendancieux sans leur voix. L’Église universelle admire ceux d’entre eux qui ont répondu positivement à l’appel à l’unité et à la réconciliation du pape Benoît XVI dans sa lettre pastorale. D’autres n’y ont pas encore répondu. La communauté chrétienne le comprend. Entre-temps, le pape François poursuit toutefois la voie du dialogue vers l’unité et la réconciliation telle qu’elle est recommandée par son prédécesseur le Pape Benoît, parce que la nomination d’évêques pour plusieurs diocèses ne doit plus se faire attendre. Le dialogue se poursuit lentement mais difficilement. La première série de négociations a même échoué précisément parce qu’on y parle aussi le langage des “purs et durs”. En effet, ils sont engagés dans les pourparlers. Pourtant, grâce à beaucoup de patience et beaucoup d’efforts, certains accords ont apparemment été conclus. C’est évidemment le privilège du Saint-Père d’évaluer et de voir si l’accord est acceptable pour l’Église. L’“Église une, sainte, catholique et apostolique” en Chine ne peut pas se permettre de ne pas soutenir le pape en ce moment historique. Nous sommes confiants qu’elle ne manquera pas à ce devoir. Nous sommes aussi convaincus, qu’encouragés par leurs pasteurs, les chrétiens chinois, dont on connaît leur ferveur, ne manqueront pas de se laisser guider par le Saint-Esprit en ces moments critiques.

 

Jeroom Heyndrickx, cicm