Lettre d'information
Pour avoir des nouvelles de ce site, inscrivez-vous à notre Newsletter.
S'abonner
Se désabonner
Captcha
Recopier le code :
124 Abonnés
Nouvelles classées
+ Année 2017
 -  Année 2016
+ Année 2015
+ Année 2014
+ Année 2013
+ Année 2012
+ Année 2011
Archives revue
Infos
Visites

 244823 visiteurs

 3 visiteurs en ligne


Rendez-nous nos terres - par webMaster le 27/02/2016 @ 17:29

ILS VOLENT NOS TERRES, PRENONS LEURS JARDINS

 

Le 24 février, la presse a très brièvement relaté l’action à Ixelles, de quelques dizaines de militants soutenus par plusieurs organisations telles que CNCD, Entraide et Fraternité… ainsi qu’AEFJN où Scheut est présent. Ces militants se révoltent depuis des années dans leur propre pays contre des entreprises qui accaparent leurs terres sans scrupules. Mais trop souvent, ils sont poursuivis et emprisonnés, car ils s’opposent au bien public. Ils étaient venus à Bruxelles, le nid d’un de ces vautours SOCFIN/Bolloré, armés de pelles et de râteaux.

 

Bref historique

C’est en 1889 qu’Adrien Hallet, un audacieux agronome wallon débarque à Boma, dans l’île de Mateba afin d’y organiser l’élevage ; il passe ensuite à la Compagnie des Produits qui se livre à l’exploitation de l’huile de palme. Par après, avec le soutien de Léopold II, il créera une autre entreprise commerciale, la Belgika, et ensuite il s’associe aux Français en se tournant vers la Malaisie pour y développe des palmeraies grâce à son expérience congolaise. Et c’est en Extrême Orient ensuite, qu’il développera la culture de l’hévéa dans des terres plus appropriées qu’au Congo.

En une vingtaine d’années, il est la tête de plusieurs entreprises commerciales en Malaisie, Indochine, à Java, Sumatra ainsi qu’en Afrique Equatoriale Française et au Congo belge. Et pour en assurer le flux financier, il crée la « Banque des Colonies ».

Deux générations de « Hallet » plus tard, et suite à une multitude de créations nouvelles comme Palmcam au Cameroun, Papangu en RDC, Socninaf au Kenya, Socfin, SAC en Sierra Leone, Socfin KDC au Cambodge…. le groupe devient une multinationale en matière d’hévéas et huile de palme. Le tout sous la dénomination générale de SOCFIN, avec près de 40% d’actions entre les mains d’un autre groupe agro-industriel français : Bolloré.

 

On n’a rien sans rien

Telle était la devise du fondateur, et elle n’a pas changé, avec tous les dégâts environnementaux et sociaux que cela entraîne. On se souvient ainsi de l’incendie qui a ravagé une île indonésienne pendant plusieurs mois : puisque le gouvernement refuse le permis d’exploitation de cette immense forêt, nous la brûlons, et l’Etat n’aura plus d’autre solution que de nous la céder. Et en plus, les cendres feront un bon engrais ! Une méthode employée plus d’une fois dans bien d’autres pays.

Et le plus souvent, cette expansion infernale s’exerce au détriment des communautés locales. En effet, la plupart du temps ce sont des terres fertiles utilisées pour l’agriculture familiale qui ont été englobées par la société et acquises grâce à l’appui des autorités nationales ou locales, mais sans consultation des communautés. Au final, des paysans se retrouvent sans leur principale source de subsistance, avec une compensation financière extrêmement faible et n’ont souvent comme seule option que de travailler pour l’entreprise dans des conditions de travail déplorable. Des situations qui dégénèrent souvent en conflits fonciers et sociaux, car en plus de prendre leurs terres, l’entreprise dépasse les limites autorisées.

Ainsi, en Sierra Leone en 2011, alors que le gouvernement avait autorisé 6.500 ha, l’entreprise s’est permise d’étendre ses plantations jusqu’au double ! Des conflits ont évidemment éclatés, mais ont été systématiquement réprimés. Six représentants l’organisation paysanne ont été condamnés à 6 mois de prison ferme pour conspiration et incitation à commettre un délit : la destruction de 40 palmiers.

En Afrique, des entreprises asiatiques signent avec les gouvernements, la location de dizaines de milliers d’hectares en faisant miroiter les tonnes de production de produits agricoles, tout bénéfice pour la population locale. Malheureusement la réalité est toute autre, car les trois quart de la production retournent dans les pays d’origine (en Chine, la population agricole est en baisse catastrophique). De plus, après 20 ans de surexploitation du lieu et d’utilisation massive d’engrais et de pesticides, la terre rendue aux villageois et totalement détruite et inculte pour les générations futures.

Au Cameroun en 45 ans, des milliers d’hectares de forêt ont été défrichés et remplacés par des monocultures de palmiers. En plus de participer au réchauffement climatique, cette activité réduit les espaces disponibles pour les cultures vivrières dont dépendent les populations locales. Dans les régions de Dibombari, Mbongo, Mbambou et Kienké, environ 6.000 familles ont vu leurs forêts détruites et 40 000 hectares de leurs terres alloués à la Socapalm, Société Camerounaise de Palmeraies.  De plus, les rivières de plusieurs pays africains sont polluées par l’abus de pesticides et d’engrais.

 

Une résistance mondiale

Dans la plupart des pays concernés, non seulement la population locale s’organise déjà depuis une dizaine d’années, mais des liens ont été établis entre les provinces et les pays. C’est ainsi que l’affaire des six condamnés de Sierra Leone a fait le tour du monde, grâce à l’organisation internationale de résistance par l’Alliance internationale des riverains des plantations SOCFIN/Bolloré (voir leur site/web).

Au Cameroun l’année dernière, l’usine Socapalm de Dibombarri a été bloquée par les riverains ainsi que la plantation de Mbongo : les communautés locales réclamant la rétrocession des terres confisquées. Une centaine de villageois s’étaient déployés dans la plantation, trois cents bloquaient l’accès à l’usine principale tandis qu’une centaine d’autres empêchaient le départ des ouvriers vers les champs de palmiers. Cette fois, vu l’ampleur du mouvement, les autorités publiques avaient joué la carte de l’apaisement et avaient refusé la demande de l’entreprise de recourir à la force.

 

Avec l’annonce d’actions similaires dans d’autres plantations appartenant au même groupe au Liberia, au Cambodge, en Sierra Leone et en Côte d’Ivoire, le mouvement des paysans regroupé en alliance internationale devrait continuer à s’étendre dans les jours et semaines à venir.

 

Regrets

Nous Scheutistes, sommes heureux de constater que les mouvements populaires locaux sont rejoints aujourd’hui par les organisations internationales. Il est cependant regrettable que les médias n’aient pas suffisamment bien relayé la manifestation à Bruxelles, et que catho.be, CNCD, et AEFJN n’ont annoncé cette manifestation que bien trop tard. Dans l’avenir, comme chrétien et comme missionnaire, nous serons attentifs à cette problématique.