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CONTEXTE SOCIO/ECONOMIQUE DE SCHEUT - par webMaster le 19/05/2012 @ 20:19

 
 La Congrégation de Scheut – 150 ans
 
Aux sources de l'expansion de l'Église pendant le 19è siècle
 
Après une fin de 18è siècle lamentable sur le plan de son expansion dans le monde, l'Église a connu progressivement un dynamisme missionnaire extraordinaire qui lui procura une croissance inédite dans l'histoire, dont l'apogée est au milieu du 20è siècle.
En Europe, la révolution industrielle était devenue le moteur d'une puissante vague de colonisation. L'industrialisation des puissances européennes et le développement du commerce international avaient fait passer presque tous les peuples sous leur contrôle. L'Europe de cette époque avait un esprit remarquablement conquérant et entreprenant. Une vague d'enthousiasme déferlait sur elle. La main-mise qu'elle exerçait sur les mers et sur les continents ouvrait de nombreuses portes pour les idées nouvelles qui la caractérisaient et qu'elle propageait, exerçant ainsi une véritable domination culturelle. Apparut dans ce contexte la prétention européenne de civiliser les peuples des colonies. Pour ce faire, l'apport de l'Église était le bienvenu. L'évangélisation fut appelée à être l'autre face de la colonisation. Les missionnaires chrétiens s'inscrivirent très bien dans ce cadre d'une civilisation qui se croyait supérieure à toutes et pensait avoir la vocation d'éclairer le monde entier. Certains furent parfois tentés de favoriser les intérêts de leur patrie, mais beaucoup, tout en profitant de l'entreprise coloniale, surent prendre leurs distances et dénoncer parfois les abus et les injustices qui la marquaient.

Il n'y a cependant pas que la circonstance extérieure de la colonisation qui explique le dynamisme missionnaire de cette époque. Il y a surtout une force interne dans le christianisme lui-même. Sans doute, commence-t-on à percevoir une réelle désaffection pour la foi en Occident où la pensée théologique fait bien pauvre figure. Mais le peuple chrétien manifeste une grande vitalité en particulier dans l'action charitable en faveur des déshérités. Des congrégations religieuses nouvelles voient le jour qui sont fort marquées par une orientation caritative, pour l'instruction des enfants pauvres et les soins de santé. Les malheurs des temps n'ont pas étouffé la charité au cœur des chrétiens. Bien au contraire, ceux-ci font preuve en ce domaine de beaucoup d'esprit inventif et d'une efficace créativité. Le développement des missions est un fruit de cette charité.
 
Les papes ont joué dans le domaine de l'expansion missionnaire un rôle personnel majeur à travers la Sacrée Congrégation pour la Propagation de la Foi établie à Rome depuis 1622 déjà. L'année 1831 fut décisive pour la mise en route d'un nouveau développement des missions catholiques. Elle marque le commencement du pontificat du pape Grégoire XVI. Celui-ci fut un homme énergique et compétent grâce auquel le timide renouveau amorcé depuis le début du siècle put s'organiser et devenir un mouvement dont le dynamisme alla croissant tout au long des décennies suivantes.



Le visage de la nouvelle expansion missionnaire

Le grand dynamisme qui anima le renouveau missionnaire permit une rapide occupation de régions immenses et la création de nombreuses circonscriptions ecclésiastiques, partout dans le monde. Dans le but de sauver les âmes et de les arracher à leurs ténèbres, des pionniers allèrent fonder et établir solidement l'Église jusque dans les pays les plus lointains, qu'on appelait alors 'les pays païens'. Fonder l'Église signifiait qu'on établissait les institutions ecclésiastiques dans toute leur complexité, telles qu'elles existaient en Europe, la pièce maîtresse devant être la hiérarchie épiscopale et le clergé.
 
Toute l'organisation est centralisée à Rome et s'inspire du modèle romain. L'Église est vue comme une structure religieuse qui doit naître d'en haut par la constitution de 'vicariats' gérés par des 'vicaires apostoliques' nommés par Rome et qui s'entourent de prêtres venus d'Europe. Comme de nombreux territoires relèvent encore à cette époque du patronat portugais ou espagnol, le souci des papes est d'affirmer, en principe et dans les faits, que toute l'entreprise missionnaire dépend du seul Saint-Siège. On affirme fortement que c'est le pape qui envoie et que c'est à lui seul que doivent se référer les missionnaires qui dépendent entièrement de Rome quant aux modalités de leur action. Les nécessités des temps ont ainsi renforcé une tendance fondamentale de la papauté : tout dans l'Église vient d'en haut, va vers le bas et reste très fortement centralisé.

L'objectif de l'évangélisation est la conversion des païens et leur entrée dans l'Église. Elle se cantonne d'ailleurs dans le domaine religieux cultuel de la vie sacramentelle et dans le caritatif d'assistance. Les populations qu'on dit païennes sont considérées dans leur ensemble comme des pauvres à secourir et à civiliser. C'est ce qui explique le rôle important joué progressivement par les religieuses dans les missions où elles s'occupent des œuvres médicales et sociales. L'enseignement est une pièce maîtresse dans l'entreprise. Les 'missions' sont des complexes parfois très développés de constructions (églises, résidences, écoles, hôpitaux, foyers sociaux, ateliers, plantations...) et se multiplient rapidement. Elles sont considérées comme des centres d'action caritative et des foyers de civilisation dans un océan de barbarie.

Les missionnaires sont poussés par l'idéal de faire exister outre-mer une société chrétienne où ils exerceront une influence prépondérante. Un des ressorts de leurs activités fut le désir de reconstituer dans de nouveaux territoires, à l'abri des contestations, 'la chrétienté' dont on constatait le rapide déclin dans les sociétés en voie de modernisation. En fait, les missionnaires tiennent à encadrer et contrôler les convertis qui pour la plupart vivent dans les villages des zones rurales. Ils le font à travers les relais locaux que sont les catéchistes et les instituteurs. Les catéchistes surtout sont des instruments de choix dans les mains des prêtres, sans eux aucun progrès décisif n'aurait pu être réalisé. L'objectif des missionnaires est de faire rester les convertis dans le milieu traditionnel mais en leur donnant la possibilité de s'y intégrer dans un ordre nouveau où toute leur vie est encadrée par des institutions d'Église.

Une aussi gigantesque entreprise ne pouvait se développer sans une mobilisation de toute l'Église. Une puissante organisation se mit donc en place dans les pays d'où venaient les missionnaires pour soutenir ce qu'on appelait l'œuvre sacrée des missions. Les prêtres et les religieux(ses) travaillent à répandre la foi et la civilisation chrétienne, tous les croyants doivent les soutenir par leurs prières et leurs aumônes. Portée par un élan de sentimentalisme généreux et de grande compassion pour les pauvres païens, une abondante littérature missionnaire de style romantique et édifiant, selon les goûts de l'époque, vit le jour. La 'coopération missionnaire' encouragea l'aide financière à tous les niveaux du peuple chrétien, assura une permanence de prière pour les missions et favorisa l'éclosion des nombreuses vocations pour le départ outre-mer.

De nombreuses nouvelles congrégations religieuses missionnaires

La nouveauté la plus typique de ce siècle fut la création de nombreuses congrégations religieuses, masculines et féminines, spécialement conçues pour les missions outre-mer. Ces nouveaux instituts sont une création étroitement liée au contexte culturel et social de l'époque. Ils deviendront vite les agents principaux de toutes les activités de fondation d'Églises, faisant preuve d'un grand dynamisme et de beaucoup de créativité. Il suffit de citer quelques exemples. Les Pères et les Sœurs de Picpus sont approuvés en 1814 et en 1817. En 1841, Libermann fonde les Missionnaires du Très Saint Cœur de Marie qui, reprenant l'œuvre de Claude-François Poullart des Places, devinrent en 1848 la Congrégation du Saint-Esprit. En 1850, ce sont les Missions Étrangères de Milan. En 1856, les Missions Africaines de Lyon. Les Pères Blancs de Mgr Lavigerie naissent en 1868 et les Sœurs Blanches en 1869. Comboni commence les Missions Étrangères de Vérone (Italie) en 1867. En 1876 ce furent les Sœurs de Notre-Dame des Apôtres à Lyon et, en 1877 les Franciscaines Missionnaires de Marie. La liste complète est beaucoup plus longue. On remarque qu'aucune de ces fondations ne vient de Belgique. Les candidats missionnaires belges doivent donc partir ailleurs en Europe pour répondre à leur vocation.

A Bruxelles, la Congrégation de Scheut
 
Dans le cadre de ce foisonnement, apparaît donc très significative l'initiative de l'abbé Théophile Verbist, prêtre diocésain en ministère à Bruxelles. Vivant avec l'esprit de son temps, Verbist manifestait un vif intérêt pour les missions à l'étranger. Ayant découvert l'œuvre de la Sainte Enfance, une très active association d'aide aux missions, il s'y inscrivit et en devint bientôt le directeur général pour la Belgique. Dès ce moment, il déploya une grande activité en diffusant des appels, en visitant des paroisses pour y constituer des comités locaux, en donnant des conférences. Il s'agissait pour lui de développer l'esprit missionnaire chez les catholiques et de récolter des fonds pour financer l'éducation chrétienne des très nombreux enfants recueillis dans des orphelinats en Chine. A cette époque un traité avait été imposé à la Chine par l'Angleterre et la France, mettant fin à une longue guerre. Grâce à la puissance de leurs armes, les Occidentaux obligeaient la Chine à ouvrir ses portes. Les missionnaires pourraient donc avoir libre accès au territoire chinois. Cette nouvelle suscita de grands espoirs dans les milieux d'Église. Verbist ouvrit son cœur à trois confrères prêtres, ils partagèrent les mêmes aspirations et la décision fut bientôt prise de partir en Chine dans le cadre d'une visite aux orphelinats que la Sainte Enfance soutenait. Le petit groupe prit contact avec les autorités ecclésiastiques. A Rome, la Congrégation pour la Propagation de la Foi fit comprendre qu'un départ en Chine pouvait se faire mais dans certaines conditions. Le Cardinal Barnabo, Préfet de la Propagation de la Foi, fut clair : il approuverait le projet mais aussi confierait un territoire missionnaire au groupe quand celui-ci compterait un nombre suffisant de membres pour assurer la stabilité de l'œuvre et quand il disposerait des fonds nécessaires pour faire face aux énormes dépenses d'une fondation en Chine. En clair, il s'agissait de fonder une congrégation religieuse missionnaire. Il fallut donc revoir le projet et on se mit au travail de rédaction de statuts provisoires. Ceux-ci furent approuvés par l'archevêque de Malines le 28 novembre 1862. La Congrégation du Cœur Immaculé de Marie naissait à Scheut, dans la banlieue de Bruxelles où ses premiers membres résidaient. Elle devait devenir la Congrégation missionnaire belge qui drainerait un grand nombre de vocations, en Belgique surtout.
 
Quand, en 1900, les Constitutions de la Congrégation furent approuvées par Rome, elle comptait plus de 300 membres. Elle était active en Chine et, en 1888, avait pris en charge l'immense territoire du Vicariat Apostolique de l'État indépendant du Congo que Léopold II gouvernait. Celui-ci avait cherché et obtenu la collaboration des missionnaires de Scheut. Il estimait, en effet, que 'l'œuvre de civilisation des peuplades du Congo ne réussirait pas sans l'aide des Missions'. Mais il voulait des Belges dont il espérait qu'ils seraient plus favorables à son entreprise. La croissance numérique de la Congrégation était rapide. D'année en année ses effectifs se multipliaient jusqu'à atteindre un sommet à 2000 membres vers les années 1967. A cette époque, la Congrégation était active, outre en Chine et au Congo, aussi aux Iles Philippines, à Singapore, Hong Kong et Taïwan, en Indonésie, au Japon, aux U.S.A., au Guatémala, en République Dominicaine et en Haïti, au Brésil et au Cameroun.

Quand une nouvelle époque missionnaire s'annonce

Les puissances occidentales avaient mené contre la Chine ce qu'on appelle la 'guerre de l'opium' et imposé les 'traités inégaux'. La Chine était contrainte de considérer tous les missionnaires comme des Européens munis d'un passeport délivré par les vainqueurs d'une guerre injuste, échappant aux juridictions chinoises et protégés par les diplomates occidentaux. Avec les puissances occidentales derrière elles, les missions avaient évidemment plus de possibilités de se développer, mais aux yeux du peuple chinois elles étaient compromises par une protection diplomatique et militaire qu'il voyait comme ennemie et qui l'humiliait. Les problèmes que posait le 'protectorat français' exigèrent une réforme des missions qui occupa les missionnaires pendant de longues années en Chine.

Mais ailleurs également le développement des activités missionnaires en contexte colonial commençait à poser de grands problèmes. La proximité des missions avec la colonisation induisait une réelle accentuation de leur aspect 'œuvre de charité'. La littérature missionnaire d'édification autant que les directives romaines rappelaient la misère et la déchéance des populations païennes et fondaient l'obligation missionnaire sur la considération de leur détresse. La charité souvent condescendante qui animait les missionnaires faisait de l'évangélisation une efficace entreprise pour sauver les âmes, les arracher à l'enfer et civiliser les peuples. Dans la mentalité du colonialisme, cela voulait dire les amener à vivre à l'européenne. Fortement centralisée à Rome d'où viennent les directives, parfois très précises et détaillées, les missions se développaient selon un modèle très clérical, avec peu d'attention aux différences culturelles, parfois avec un réel manque de respect pour les populations locales.
 
Ce fut le pape Benoît XV qui encouragea le premier la nécessaire recherche d'orientations nouvelles. Au sortir de la première guerre mondiale, en effet, le malaise était fortement ressenti à propos des activités missionnaires. L'encyclique Maximum Illud du 30 novembre 1919 signifia la volonté d'une sérieuse réforme. Celle-ci fut réalisée en grande partie sous le pontificat de Pie XII. 

Mais le plus radical changement de perspectives, qui fut aussi une grave crise pour les missionnaires, vint après la deuxième guerre mondiale avec la montée du tiers-monde, les idéologies du développement des peuples et les décolonisations. L'histoire basculait, les missions furent fortement contestées. Le Concile Vatican II fut l'événement le plus déterminant qui entérina un vrai changement d'époque dans la vie missionnaire de l'Église. La Congrégation de Scheut connut, elle aussi, une profonde crise qui entraîna la nécessité d'importants changements. Mais ceci est l'époque contemporaine de la Congrégation.
 
Pierre Lefebvre, cicm